samedi 10 décembre 2016

Chronologie des écrits du Nouveau Testament

Les entretiens du dimanche
13
Chronologie des écrits du Nouveau Testament

On approchait de la Noël, car la période de l'Avent était commencée. Il faisait très froid depuis quelques jours, et Théophile était très étonné que Candide ne donne aucun signe de vie, elle qui avait toujours des questions en tête. Aussi avait-il téléphoné à son amie pour prendre des nouvelles, et la pauvre Candide lui avait appris, d'une petite voix, qu'elle avait la grippe et qu'elle ne pourrait se rendre au prochain entretien. Théophile, peiné, lui avait souhaité un rapide rétablissement.
Décidément, l'épidémie de grippe commençait à sévir. L'épouse de Théophile avait dû s'aliter car elle avait attrapé la grippe, elle aussi, et une personne d'aide aux handicapés la gardait. Aussi, après la messe du dimanche où le frère François avait assisté le Père Stanislas, Théophile était libre. C'est alors que le Père Stanislas avait proposé à Théophile de se joindre au repas; Théophile avait accepté avec joie, d'autant que François était de la partie.
Après un repas frugal, nos trois amis prenaient un café bien mérité, quand frère François s'enquit du sujet que Théophile aurait abordé avec Candide. Il s'agissait de la chronologie des écrits du Nouveau Testament.
-"Théo, demanda frère François, peux-tu nous en dire quelques mots?"
- "Bien sûr. Judas était mort de façon tragique, quelques heures après avoir livré son maître. Jacques, frère de Jean, l'un des Douze, trouva la mort en 43 ou 44, au cours d'une persécution menée contre l'Église par le roi Hérode Agrippa Ier (Ac 12,1-2). À mesure que les années passaient, les compagnons de Jésus disparaissaient les uns après les autres. Les témoins directs se faisaient plus rares, et l'on voyait venir le temps où plus un seul ne serait là pour garantir la tradition remontant à Jésus. Le retour tant espéré de Jésus dans sa gloire devenait de plus en plus problématique. Tout cela joua un rôle non négligeable dans l'idée qui se fit jour de rédiger les textes que nous appelons évangiles."
-" Je t'arrête, intervint le Père Stanislas. il s'agissait alors de consigner les faits et gestes, et l'enseignement de Jésus. Beaucoup se mirent à la tâche. On ne peut donc pas parler d'évangiles, tels que nous les connaissons aujourd'hui."
-" Oui, je suis allé un peu vite dans la manière de m'exprimer, répondit Théophile. D'ailleurs, cela vaut aussi pour les autres textes du Nouveau Testament."
-"Sauf peut-être pour les lettres de saint Paul. <Peut-être> est de trop, je pense, dit frère François. Je suis sûr qu'on ne peut pas douter que ce soit Paul qui ait écrit les textes qu'on lui attribue. En fait, ce sont les textes que les spécialistes reconnaissent comme écrits en premier. Les voyages de Paul s'étendent des années 44 à 67, 67 étant l'année de son exécution à Rome.
Si vous le voulez bien, je vous donne des détails?"
- "Volontiers, dirent d'un même accord, le Père Stanislas et Théophile."

Paul de Tarse

- "Donc, Paul a écrit les lettres aux Thessaloniciens entre 50 et 52. Suivirent en 57, la lettre aux Philippiens et les deux épitres aux Corinthiens. Entre 58 et 60, il écrivit la lettre aux Galates et la lettre aux Romains, qui furent suivies des lettres aux Colossiens, Éphésiens et à Philémon en 63, et enfin des quatre derniers textes en 67, j'ai nommé la lettre à Tite, aux Hébreux, et les deux à Timothée."
- "Et bien! quelle mémoire, quelle érudition, mon cher François, ne put s'empêcher de reconnaître le Père Stanislas. À mon tour de faire preuve d'un manque de modestie, en ajoutant quelques autres dates: entre 58 et 60 se situe la lettre de saint Jacques, suivi de la première épître de Pierre en 63, de Jude et de la deuxième lettre de Pierre entre 80 et 90. "
- Théophile, muet jusque là, sortit de son silence ébahi: "et les évangiles, dans tout cela ? J'ai entendu dire que l'évangile de Marc aurait été rendu publique en l'année 70 !"
- "Bonne remarque, dit frère François, car pour les Évangiles on annonce les années 80 pour ceux de Luc et de Matthieu, et 90 pour Jean. Les actes des apôtres auraient été écrits en 80, l'Apocalypse et les lettres de Jean en 95 !"
-" En effet, intervint le Père Stanislas, les dates retenues pour les Évangiles sont très tardives par rapport aux autres écrits."
-Théophile se tourna vers le Père: "Comment peut-on expliquer ce décalage ?"
- "Il y eut bien un moment dans l'histoire des évangiles où se fit le passage de l'oral à l'écrit, mais les circonstances de composition et le contenu des premiers recueils se perdent dans le dédale des hypothèses. Certains biblistes font remonter très haut dans le temps les premiers textes rédigés ; d'autres, au contraire, considèrent que tout le matériau évangélique se transmit par oral, pratiquement jusqu'à la rédaction du premier évangile, celui de Marc, dans les années 65-70 de notre ère. La vérité est sans doute à situer quelque part entre ces deux extrêmes.
Ce qui est quasiment sûr, c'est que les premiers écrits chrétiens officiels ne furent pas des évangiles, même fragmentaires, mais des épîtres. Aucune d'entre elles ne fait la moindre allusion à un quelconque écrit sur Jésus qui aurait fait autorité dans les communautés chrétiennes. Si donc, des collections de récits ou des recueils de paroles évangéliques existaient dans ces années-là sous forme écrite, ils n'avaient aucun caractère officiel et étaient tout au plus des aide-mémoire.
Dans les années 50-60 pour faire face à l'augmentation du nombre des fidèles et à la naissance de nouveaux foyers de christianisme, l'Église eut besoin de textes qui favorisaient l'unité de pratique entre des lieux souvent assez éloignés les uns des autres ; par exemple des recueils de miracles ou de paroles de Jésus sur un sujet donné, dans lesquels on pouvait puiser pour la catéchèse ; ou encore des regroupements de controverses sur le sabbat ou d'autres points de la loi de Moïse qui servaient dans la polémique avec les Juifs restés hostiles au courant chrétien.
Dans ce passage à l'écrit, la liturgie joua sans doute un rôle non négligeable. À côté des Écritures juives utilisées pour les célébrations, des textes liturgiques chrétiens eurent assez tôt leur place : chants, hymnes, mais aussi récits liés aux grandes fêtes de l'année chrétienne dont le calendrier se constituait progressivement. La Pâque occupait la toute première place, ce qui explique que les récits de la Passion et de la Résurrection soient à compter parmi les plus anciens fragments d'évangiles rédigés. Ainsi fixés, ils pouvaient aussi être mieux communiqués d'une Église à l'autre.
On peut aussi partir des quatre évangiles achevés tels que nous les trouvons dans nos bibles. Leurs divergences existent. Mais leurs ressemblances sont parfois telles qu'on est amené, pour en rendre compte, à faire l'hypothèse de sources écrites dans lesquelles les rédacteurs auraient puisé. Aucune de ces sources ne nous est parvenue ; aussi, différentes tentatives ont-elles été faites pour en déterminer la nature et le contenu. Ces essais fort variés sont habituellement appelés “hypothèses documentaires ”, parce que faisant appel à des documents hypothétiques plus ou moins nombreux.
La plus classique, mise au point en 1832 par le bibliste allemand Friedrich Schleiermacher, est connue sous le nom de “ théorie des deux sources”. Elle suppose que les évangélistes Matthieu et Luc auraient tous deux utilisé comme source, d'une part l'évangile de Marc, antérieur au leur, d'autre part un document hypothétique, actuellement perdu, regroupant essentiellement des paroles prononcées par Jésus, qui reçut le nom de “ source des logia (du mot grec logion qui signifie “ oracle ”), ou plus simplement de “ source Q ” (Q étant la première lettre du terme allemand Quelle qui veut dire “ source ”). Le document Q serait à l'origine de nombreux passages communs aux évangiles de Matthieu et de Luc, et absents de Marc. Cette hypothèse, vieille d'un siècle et demi, ne rend pas tout à fait compte de la complexité des ressemblances et des différences entre les quatre évangiles canoniques. Aussi a-t-on été amené, particulièrement en milieu francophone, à proposer d'autres schémas, mettant en jeu d'autres documents sources, parfois fort nombreux (jusqu'à six ou sept), mais toujours aussi hypothétiques. Tous ces essais sont intéressants car ils partent d'observations, souvent très fines, sur le texte évangélique, mais aucun ne s'impose dans ses résultats. On ne sort pas du registre des hypothèses.
Dans l'état actuel de la recherche, force est alors de reconnaître que la nature et le contenu des recueils évangéliques écrits, antérieurs aux évangiles achevés dont nous possédons le texte, restent mal connus. Il est raisonnable de supposer l'existence de tels recueils comme transition entre la transmission purement orale des débuts de l'Église et les évangiles rédigés dans leur état final, mais il est difficile d'être plus affirmatif.
-" Ainsi, ajouta Théophile qui avait préparé l'entretien prévu avec Candide, nous ne possédons des évangélistes aucun manuscrit autographe. Matthieu, Marc, Luc et Jean n'ont d'ailleurs peut-être jamais écrit leurs oeuvres de leur propre main car, dans l'Antiquité, on dictait souvent ses discours ou sa correspondance à un scribe professionnel.
Le fait que nous ne possédons pas les manuscrits originaux des évangiles n'a rien d'extraordinaire. Il est commun à tous les écrits de l'Antiquité rédigés sur un support fragile : papyrus ou parchemin. Les manuscrits évangéliques en notre possession sont des copies de copies. Les plus anciens sont écrits sur papyrus, moins cher que le parchemin
-" C'est exact, confirma frère François; mon ami, je pense que tu aurais intéressé Candide; souhaites-lui un rapide rétablissement, et ajoutes que je serai heureux de la revoir, car c'est une jeune femme qui manifeste beaucoup d'intérêt pour les racines de notre religion. Sur ce, je vous quitte; je retourne au monastère."
-"Au revoir, ami, dirent ensemble le Père Stanislas et Théophile."
Ils se séparèrent en se souhaitant une bonne fin de journée.

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Proposition de méditation
L'Avent
Nous venons de recommencer le cycle liturgique de trois années, qui dispense un enseignement de base pour tout chrétien qui le suit avec assiduité, et qui fortifie sa foi s’il prend le temps de la méditation et de la prière.
Chaque année liturgique débute par le temps de l’Avent. C’est un temps de conversion. Mais c’est aussi un temps de renforcement de la foi de chacun et de celle de l’Église, et un temps d’attente, comme le dit le prophète Isaïe : « Soyez forts, ne craignez pas, voici votre Dieu. »
C’est enfin un temps d’espérance : « Que soient pleins d’allégresse désert et terre aride, que la steppe fleurisse. » Laissons-nous imprégner un instant de la poésie qui naît de l’opposition de ces extrêmes.
Toute la création entre dans l’allégresse, parce que le Sauveur de notre monde vient. Nos yeux doivent s’ouvrir, nos oreilles doivent entendre, nous devons cesser de boiter. Certes cela ne se fera pas en un jour, et la courte durée du temps de l’Avent n’y suffira pas ; il faudra y mettre beaucoup de persévérance et de patience, et à cet égard méditons l’image employée par l’Apôtre Jacques : « Voyez le laboureur : il attend patiemment le précieux fruit de la terre. »
Ne rien bousculer, n’être pas comme ceux qui aujourd’hui veulent tout, tout de suite, car alors l’insatisfaction vient vite et un autre objet de convoitise vient remplacer celui qui vient d’être obtenu. Il faut être patient pour construire du solide, pour affermir ce que la prière, l’écoute et l’étude de la Parole de Dieu produiront comme fruits.
Nous croyons en un Dieu qui est vérité, qui est justice, qui est miséricorde. Le psaume de ce jour 146 (145) nous présente Dieu actif en ce monde, Dieu qui nous indique la voie dans laquelle nous engager pour le rencontrer. C’est un Dieu qui « rend justice aux opprimés, donne aux affamés du pain,  délie les enchaînés. Il rend la vue aux aveugles, il redresse les courbés, Il aime les justes, Il protège l'étranger, Il soutient l'orphelin et la veuve. »
Le temps de l’Avent n’incite donc ni à la passivité, ni à l’introspection inactive ; bien au contraire. Et l’évangile de ce troisième dimanche illustre ce que doit être notre recherche. Il attire d’abord notre attention sur les signes qui annoncent la présence du Royaume de Dieu, et sur ce qu’il convient d’appeler les pauvres en donnant à ce mot un sens qu’il ne faut pas limiter au seul aspect matériel, mais qui inclut le côté spirituel et moral de l’être humain. Enfin, le Christ nous donne Jean comme modèle.
Que nous apprend d’abord l’évangile ? Jean est en prison, alors que Jésus a commencé sa vie publique, avec quelque difficulté il est vrai ; les habitants de Nazareth, après lui avoir fait bon accueil, ont fini par se retourner contre lui avec violence (Lc 4,28). Dans sa prison, le prophète s’interroge : qui est cet homme qui accomplit des miracles ? Est-il celui dont il avait reçu mission de préparer le chemin? Jean Baptiste est-il pris d'un doute au sujet de Jésus ? On ne sait pas. À moins qu'il ne demande à Jésus, qui semble bien le comprendre ainsi, une parole qui confirme la réussite de sa mission et qui illuminera les derniers moments de sa vie.  Et Jésus lui renvoie la parole du prophète Isaïe: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
Les pauvres. Au sens des Béatitudes, ils sont nombreux aujourd’hui. Le ministère diaconal nous fait approcher des détresses provoquées par l’avenir incertain, par la solitude qui touche maintenant de plus en plus de jeunes, par le sentiment d’inutilité qui frappe certains dans notre société mondialisée où ceux qui n’ont pas assez d’efficacité ou d’intérêt commercial sont marginalisés et rejetés, je pense ainsi aux personnes âgées et aux handicapés ; il y a aussi tous ceux qu’inquiètent d'une insécurité grandissantes dans les villes et villages (agressions, violences, incivilités, arnaques, brutalités envers les faibles et les vieux, terrorisme, …) dont les médias se complaisent à nous parler. Inévitablement, l’angoisse du lendemain vient saisir tous ces pauvres; souvent, par pudeur ou par fierté, ils vont rester discrets sur leur misère. Ils se privent ainsi de la charité fraternelle de ceux qui ont à leur dire qu’ils sont importants, que Dieu suscite des bonnes volontés qui les aideront car cette charité est une pratique de justice qui plaît à Dieu (cf.Mt 6,2-4). Leurs prières montrent que ces pauvres attendent quelqu'un qui sera avec eux, qui entrera dans une relation de confiance mutuelle avec eux, qui marchera avec eux, et surtout leur révélera leur dignité et qu'ils sont les enfants précieux du Père. Ils ont besoin que quelqu’un leur redonne la force de repartir dans la vie. Mais les âmes charitables sont peu nombreuses, hélas!
C’est pourquoi le Christ désigne Jean-Baptiste à notre attention et il nous recommande de nous mettre à son école : école d'humilité, de sens de Dieu, d'abnégation et de joie (Jn 3,29). Ce ne sont pas nos mérites personnels qui comptent, mais la manière dont nous sommes disciples du Christ. Ce qui est le plus précieux en nous, c'est notre coeur ; notre tête et nos mains n'ont de valeur que dans la mesure où ils sont au service de l'amour et de la relation fondée sur une alliance, jaillissant de l'alliance avec Jésus. Par le baptême, accompli dans une vie de charité, nous sommes entrés dans le Royaume de Dieu, parce que la miséricorde de Dieu est immense, si petits soyons-nous et si faible soit notre foi.
Il est temps de conclure. Qui mieux que l’évangéliste Matthieu pourrait nous faire comprendre ce que Dieu attend de nous :
«Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement» (Mt 10,8). …
C'est à ce qu'ils auront fait pour les pauvres que Jésus Christ reconnaîtra ses élus (cf. Mt 25,31-36).                                                                                    

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Prochain texte
Un Sauveur nous est donné
le 18 décembre
si Dieu le permet.
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Illustration
Rembrandt : Paul de Tarse
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Chers lecteurs, si vous avez des remarques, des observations ou des questions, écrivez-moi à l'adresse jacques.choquet2@orange.fr
À suivre chaque dimanche … si vous le voulez bien.

Le 11 décembre 2016

mercredi 30 novembre 2016

Les confidences de Théophile

Les entretiens du dimanche
12
Les confidences de Théophile

Ce dimanche-là, le temps était maussade; il faisait froid. Candide avait probablement dû renoncer à son vélo car elle était en retard. Théophile avait passé une mauvaise nuit, réveillé par sa maladie; il avait eu du mal à se rendormir, ce qui est exceptionnel pour lui.

Et ce matin, son ami Louis l'a appelé au téléphone. La journée d'hier avait été pénible pour Louis; son épouse est atteinte d'une maladie dégénérative, et depuis quelques jours, elle refuse de s'alimenter, chaque repas vire à la bagarre pour lui faire prendre un peu de nourriture. Il est très fatigué. Et puis, sa santé s'est dégradée, et les médecins envisagent une opération exigeant une longue convalescence, et tout effort physique lui étant interdit pendant celle-ci. Qui allait s'occuper de son épouse? Comment allait-il assurer les occupations quotidiennes? Comment s'organiser? Louis est résolument opposé à l'idée de mettre son épouse en maison de santé ou d'accueil, car il a vécu une expérience peu rassurante avec son frère, aujourd'hui décédé.

Théophile savait que son ami souffrait d'une mise à l'écart quasi générale et que c'est une  grande souffrance que de se savoir ainsi abandonné, même si ses pairs lui affirment qu'ils prient pour lui et son épouse … mais par l'entremise d'une carte postale annuelle. Il a même était exclus de tout groupe, bien qu'il accepte à regret cette exclusion sachant qu'il ne lui est pas possible de se rendre aux réunions; "on" aurait pu le lui apprendre par un appel téléphonique!  Ce n'est pas que de prières dont ils ont besoin tous les deux, mais de chaleur et de présence humaine. Ah! Où sont-ils tous ceux qui lui donnaient du Louis notre diacre, long comme le bras, et qui ont disparu subitement quand le successeur du prêtre que Louis aimait tant l'a <viré>?

Ordonné diacre deux ans après son arrivée, venant d'un autre diocèse où il avait commencé le cheminement commun à tous les futurs diacres, il avait été accueilli fraîchement, sauf par le prêtre qu'il connaissait; d'ailleurs, Louis avait toujours du mal à maîtriser une vive émotion à l'évocation de cet homme, un pasteur toujours disponible. Louis disait que ce prêtre avait été pour lui un guide et un exemple, un prêtre à l'image du saint curé d'Ars. Hélas pour Louis! ses propres soucis de santé, et ceux de son épouse handicapée, l'avaient contraint à demander à son évêque de mettre un terme à toute mission en Église.

Il n'était pas "politiquement correct" de par son originalité. Il était revenu en Bourgogne après une longue absence due à ses études, achevées pourtant à ses 24 ans, son service militaire plutôt long à cause des événements (3 ans), et un tour de France pour sa carrière professionnelle. Pour beaucoup de gens à l'esprit étroit, il était comme un étranger; on avait même été jusqu’à le traiter d'immigré! Et puis, une homélie percutante n'avait rien arrangé. Depuis, Louis vivait dans l'isolement, aggravé par l'évolution de la maladie de son épouse, très handicapée, incapable de marcher, dont il fallait parfois s'occuper comme d'un enfant; il lui consacre tout son temps. Louis est de plus en plus fatigué, voire épuisé certains jours. Quelquefois, sa thyroïde lui joue des tours; alors, il est irritable, et sa situation domestique lui pèse et le désespère. Heureusement que leurs enfants sont pour eux deux un soutien, mais leur vie familiale et professionnelle les tient éloignés.

Théophile en était là de ses réflexions quand Candide arriva. Fine observatrice, elle vit que Théophile était morose.
-"Comment vas-tu, mon ami? Qu'est-ce qui ne va pas?"
-"Tout." Et Théo lui fit part de ses propres soucis personnels, de son découragement, de ses craintes à cause de sa santé, de la tristesse parfois insupportable de leur existence, à lui et son épouse. Il lui fit part de l'appel de son ami Louis. Il dit à Candide combien il se reconnaissait dans l'épreuve vécue par son ami! Comme il comprenait son ami Louis! Quel secours lui apporter? Quelles paroles vivifiantes lui dire? Comment l'aider à continuer à se battre, pour son épouse mais pour lui aussi? Louis vit un diaconat familial, un service au sens le plus noble du terme. Théophile sait que Louis prie le Père, le Fils, qu'il appelle l'Esprit Saint à son secours, qu'il implore la Vierge Marie, qu'il se confie à sainte Élisabeth de la Trinité, comme il le fait, lui, Théophile. Il lutte pour ne pas se replier sur lui-même; jusqu'à quand tiendra-t-il?
         "Où sont-ils tous ceux qui parlent de charité, de fraternité? Où sont-ils? Que de tiédeur dans leur foi! Où sont-ils, tous ceux qui parlent de miséricorde? Et dire qu'on n'a pas cessé de nous rappeler que nous étions dans l'année de la miséricorde! Miséricorde de Dieu, certes, mais où est celle de ceux qui n'ont pas arrêté d'en parler sans trop se fatiguer pour la mettre en pratique?.... Que d'amertume en moi! Que de doutes m'assaillent!
Je suis découragé, mais je ne pense pas exagérer dans la présentation de ce que je vis."
Un long silence suivit ces paroles de découragement, de regret, de désespérance.
-"Candide, je te demande pardon, mais je n'ai pas pu préparer notre entretien de ce dimanche, dont le sujet portait sur la chronologie des écrits néotestamentaires."
-"Tu es pardonné…ce sera pour une autre fois… Que puis-je faire pour toi? Je veux tellement t'aider dans cette mauvaise passe."
et ils parlèrent, à bâton rompu, de tout et de rien…
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Proposition de méditation
Rm 10,9-18
09 Si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé.
10 Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut.
11 En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte.
12 Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent.
13 En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
14 Or, comment l’invoquer, si on n’a pas mis sa foi en lui ? Comment mettre sa foi en lui, si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ?
15 Comment proclamer sans être envoyé ? Il est écrit : Comme ils sont beaux, les pas des messagers qui annoncent les bonnes nouvelles!
16 Et pourtant, tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle. Isaïe demande en effet : Qui a cru, Seigneur, en nous entendant parler ?
17 Or la foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ.
18 Alors, je pose la question : n’aurait-on pas entendu ? Mais si, bien sûr ! Un psaume le dit : Sur toute la terre se répand leur message, et leurs paroles, jusqu’aux limites du monde.

Notes :
v.9 : A l’adhésion intérieure du “ cœur ”, correspond la profession de foi extérieure telle qu’elle a lieu au baptême.
v.14 : L’argumentation, qui tire parti de l’Ecriture, est claire : si Israël dans son ensemble n’invoque pas en fait le nom du Seigneur, c’est qu’il s’est montré rebelle à la lumière qui lui a été proposée.
v.18 : la voix est celle des prédicateurs de l’Evangile.
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Prochain texte
La chronologie des textes du Nouveau Testament
le 11 décembre
si Dieu le permet.
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le 30 novembre 2016

vendredi 25 novembre 2016

Le suaire de Turin

Les entretiens du dimanche
11
Le suaire de Turin
Résumé des chapitres précédents
Candide est une jeune femme en recherche de spiritualité; elle s'est adressée à son ami Théophile, diacre permanent, qui a accepté de l'aider. Ils se retrouvent chaque dimanche pour un entretien, auquel un invité peut se joindre. Ainsi nous avons fait la connaissance de François, moine franciscain, de Louis diacre permanent, du Père Stanislas curé de la paroisse où ils se réunissent le dimanche, et de Cécile récemment baptisée et confirmée.
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À la fin de leur entretien précédent, Candide a posé une question à Théophile sur le suaire de Turin. Théophile va essayer aujourd’hui d’apporter une réponse sur ce mystérieux suaire.


À gauche, tel qu'on voit le linceul, à droite tel qu'il apparut à M. Pia sur la plaque photographique.


-"Bonjour Théo !"
-"Candide, je te souhaite un bon dimanche… te voilà toute joyeuse et excitée!"
-"Évidemment….Alors ? Le suaire de Turin ? C’est le portrait de Jésus ?"
-"Pas facile de te répondre, Candide. Ce qui est acquis, c’est que ce linge représente le corps d’un supplicié par crucifixion. Mais de quand date-t-il ? Sur ce point précis, et sur le fait que ce soit Jésus, la contestation la plus vive fait rage."
-"Pourquoi ?Quelle est la difficulté?"
-"Et bien, voilà. Tout commence vers le milieu des années 1350.La famille De Charny a autorisé les chanoines de la collégiale de Lirey, à environ 20 kms de Troyes, en Champagne, à exposer publiquement une pièce de tissu sans en avoir averti l'évêque. Gros scandale! Il semble que ces expositions avaient commencé bien plus tôt, le pape les avait autorisées. Cette pièce était prudemment présentée comme étant une image ou une représentation du <sudarium du Christ> L'évêque condamnera ces expositions en déclarant, en substance, qu'il s'agit d'une peinture. À l'époque circulaient beaucoup de reliques, probablement fausses en grande majorité. Comment la famille De Charny a-t-elle obtenu cette pièce de tissu, on ne le sait pas.
Cette pièce de tissu passera de main en main pour devenir finalement la propriété de la famille de Savoie. On sait que ce tissu a été endommagé par un incendie en 1532 alors qu'il était conservé à Chambéry, et qu'il a été réparé par des religieuses. Cet épisode va peser lourd, bien des années plus tard. Je te dirai pourquoi en temps voulu."
-"C'est passionnant! mais, dis-moi: c'est presque miraculeux qu'une pièce de tissu qui aurait enveloppé le corps du Christ ait pu traverser des siècles!"
-"Oui, mais je résume, car tu n'imagines pas la volumineuse littérature consacrée à ce tissu. Je résume sinon nous serions encore là pour plusieurs semaines!"
-"Bon. Continues."
-" Nous sommes en 1898. À l'occasion du 50e anniversaire de la constitution italienne, on décida de présenter cette pièce de tissu aux pèlerins qui étaient à Turin. On dit que 800 000 pèlerins défilèrent devant ce que j'appellerai maintenant le linceul. Il fut décidé de prendre en photographie la pièce exposée. On confia ce travail à un avocat, photographe amateur, appelé Pia. Le 29 mai 1898, il réalisa la première photographie. Lorsqu'il développa la plaque négative, il fut stupéfié de voir apparaître une image d'une netteté exceptionnelle. Il avait devant lui ce qu'on appellerait un cliché positif alors qu'en réalité il s'agissait d'un négatif. C'est comme si l'image sur le linceul était un négatif photographique!"
-"Quoi?"
-"Eh! oui! L'empreinte sur le tissu est floue, à peine visible, mais l'image obtenue est nette, claire, détaillée, c'est tout simplement époustouflant. On imagine facilement la surprise et l'émotion qu'a dû ressentir Monsieur Pia. La bagarre qui va commencer oppose des gens convaincus qu'il s'agit du linceul du Christ, et d'autres qu'il s'agit d'un faux, les uns et les autres développant des arguments qu'ils veulent imparables. Le linge exerce une intense fascination sur ceux qui le contemplent et en même temps pose une question, non résolue encore aujourd’hui : s’agit-il du portrait de Jésus-Christ miraculeusement imprimé sur un tissu ou bien est-ce un faux?
Si tu veux bien, ma chère Candide, je vais  te donner les arguments principaux de cette controverse."
-"Dis-moi: quel est ton avis?"
-" Mon avis ? Je préfère te le dire quand j'aurai fini l'exposé d'aujourd'hui."
-"Cachottier…peux-tu me dire pourquoi tu utilises plusieurs mots pour désigner ce tissu? Tu parles de linceul, de linge, de suaire; je suis perdue."
-"On parle du suaire de Turin ou du linceul. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Commençons par le suaire: le suaire est, selon la tradition, le linge qui a recouvert le visage de Jésus. Au temps de Jésus, et dans les temps qui précèdent, le suaire (en latin sudarium, en grec soudarion) est une sorte de mouchoir pour essuyer la sueur du visage; mais il désigne aussi une serviette enveloppée autour de la tête du défunt, servant de mentonnière pour lui tenir la bouche fermée et serrée au cou par une bandelette. Il ne faut donc pas le confondre avec le linceul (en grec sindôn) qui recouvre le corps entier; il est tissé en lin (en grec sindôn), mais quelquefois en d'autres matières. Ainsi, dans l'évangile de saint Jean, lors du retour à la vie de Lazare, on trouve ce verset: <le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : “Déliez-le, et laissez-le aller.>. Donc, et ça n'engage que moi, il n'est pas juste de désigner par suaire le linge conservé à Turin; le suaire est très exactement une partie d'un ensemble, qu'on désigne par suaire de Turin, à tort selon moi."
-"Et bien dis donc, tu en sais des choses! dit Candide d'un air admiratif"
-" J'ai beaucoup lu de livres sur la question; d'ailleurs, je pourrais t'en indiquer six…revenons au sujet de notre entretien.
Dans les coutumes funéraires juives au 1er siècle, le corps est couché dans un linceul. Le visage est recouvert d'un suaire, maintenu par une bandelette. Quant  au linceul, il est maintenu par trois bandelettes, une aux pieds, une à hauteur des mains et une au cou.
Les Évangiles synoptiques évoquent à plusieurs reprises l'usage du linceul (en grec sindôn, [Mc 15,45.53 : Lc 23,53] ), mais ne mentionnent jamais le suaire [Mt 27,59] <Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans un linceul neuf, et le déposa dans le tombeau qu'il venait de se faire tailler dans le roc>. L'expression signifie « un linceul casher » c'est-à-dire <satisfaisant>). L'Évangile selon Jean fait référence, quant à lui pour le corps de Lazare (Jn 11,44), à des bandelettes (keiriais) liant le corps et un suaire (soudàrion) sur son visage : <le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire.>
La confusion entre « suaire » et « linceul », est probablement issue d'une mauvaise interprétation du terme soudarion de l'Évangile selon Jean.

-"Si tu me dis tout cela, ce ne doit pas être pour m'épater par ton érudition, non?"
-"En effet. Avant de te présenter les arguments des <anti-suaire de Jésus> et <pro-suaire de Jésus>, nous allons revenir à l'évangile de Jean (Jn 20,3-9):
3 Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau. 4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. 5 En se penchant, il voit que le linceul est resté là; cependant il n'entre pas. 6 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, 7 et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
8 C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. 9 Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.

Conclusion:  le linceul est à sa place, mais le corps du défunt n'y est plus. Le suaire (le linge qui avait recouvert la tête) est à sa place, c'est-à-dire dans le linceul. On comprend alors ce que signifie: Il vit, et il crut.. Pour le disciple, aucun doute n'est permis: Jésus est ressuscité!"
-"Oh Théo, laisse-moi un peu réfléchir à tout cela."

Quelques minutes s'écoulèrent. Théo reprit son exposé.
-" Je vais te résumer les arguments des tenants du faux, et ensuite ceux.
de ceux qui tiennent pour l'authenticité du suaire. D'abord, L'analyse au carbone 14.
La datation au carbone 14 du linceul a eu lieu en 1988. Un protocole avait été convenu entre l'Église et les scientifiques. L'analyse fut exécutée par trois laboratoires spécialisés, qui affirmèrent que le linceul a été créé entre 1260 et 1390. Ce fut le début d'une controverse, où tous les arguments possibles et imaginables furent avancés. En effet, la datation au carbone 14 a donné des résultats incompatibles avec ceux de toutes les études précédentes.
Les premières études qui furent menées relèvent du domaine de la médecine. En 1902,un savant anatomiste français très renommé, Yves Delage, réputé pour être agnostique et résolument adversaire de tout ce qui était hors du commun, conclut dans son rapport à l'Académie des Sciences que le suaire de Turin portait l'image du Christ. Les opinions exprimées se partagèrent entre ceux qui étaient favorables à cette conclusion et ceux qui y étaient opposés. Il fallut attendre les années 1930 pour qu'un savant aussi réputé que son prédécesseur, Pierre Barbet, conclue que les blessures révélées par le linceul correspondaient à celles de Jésus décrites dans les évangiles.
Une autre étude se pencha sur le tissu du linceul. C'est un tissu en lin, mais avec des traces de fil de coton. La manière de tisser est conforme à ce que l'on sait des méthodes employées en Palestine au premier siècle.
Après la médecine, après le tissage, s'ouvrit une étude policière, menée par Max Frei, éminent criminologiste suisse. Il s'était signalé par un article publié en 1955 analysant la manière de truquer une photographie. C'est en 1973, alors qu'il étudiait les photographies du suaire, qu' il s'aperçut que de fines particules de poussière étaient étalées sur le linge. Je passe sur la méthode utilisée, mais Max Frei acquit avec certitude qu'il s'agissait du pollen de végétaux qui poussent dans les régions désertiques du Jourdain. S'imposa à lui alors la conclusion que ces pollens venaient bien de Palestine puisqu’était exclue leur existence sur le parcours du suaire pour venir de Palestine à Turin.
Après la médecine, après le tissage, après l'enquête policière, vient à la rescousse de l'étude du linceul un appareil utilisé par la NASA pour obtenir le relief de la Lune au cours des expéditions menées en direction de notre satellite. C'est en 1976, que deux ingénieurs américains de l'U.S. Air Force, Jackson et Jumper, procédèrent à l'analyse photographique du linceul avec l'analyseur d'image, le VP8, couplé à un ordinateur. Ils obtinrent une image en relief, tridimensionnelle. Cela signifie que la représentation du corps sur le linceul est codée, et obéit à une loi mathématique très précise. L'image est isotrope c'est-à-dire qu'il n'y a pas de direction privilégiée sur cette image.
Je ne te parlerai pas de la coloration du tissu. On sait seulement qu'il ne s'agit ni de peinture, ni de brûlures, ni de quelque procédé connu à notre époque. Cependant, il est utile de rappeler qu'après l'explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, les observateurs découvrirent des images de personnes sur des murs comme si un flash avait projeté leur ombre sur les murs.
Enfin, dernier point. Il concerne la projection du corps sur le linceul. Le linceul effectivement montre un corps vu de face et de dos. L'analyse faite avec l'analyseur d'images a suggéré aux chercheurs que l'image du linceul avait été prise en apesanteur.
Je terminerai avec une remarque qui n'engage que moi. Je pense qu'on a oublié dans les différentes études un phénomène exceptionnel: la résurrection. On ignore quelles en sont les modalités. Alors, pourquoi ne pas supposer que le processus de résurrection a formé l'image du Christ mort sur le linceul. Une idée intéressante a été émise, à savoir que l'image aurait pu être formée par deux types de rayonnement, soit un rayonnement de photons, soit un rayonnement de particules ionisées comme des protons."
Un dernier mot: si faux il y a, alors le faussaire du 13e-14e siècle avait 7 siècles d'avance sur nos connaissances actuelles en matière de photographie, médecine, mathématiques, atomique, et autres. C'est impossible"
-"Tu as fini?"
-"Oui."
-"Ouf! s'écria Candide."
Cependant, après quelques instants de silence, elle ajouta: "As-tu un doute sur l'intégrité intellectuelle des différents chercheurs."
-"Non, bien sûr."
-"Alors, si je retiens ta suggestion concernant les modalités de la résurrection, et si les deux camps qui s'opposent voulaient bien retenir cette suggestion, ne serait-il pas possible, ou même raisonnable, de dire que tous ont raison?"
 -"Peut-être …. Mais le Christ a dit: <Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.> [Lc 10,21].
Accueillons donc le linceul de Turin comme un témoignage de la bonté de Dieu si nous croyons en Lui, et comme une icône qui donne à réfléchir sur notre vie terrestre pour ceux qui ne connaissent pas Dieu ou le rejettent."

C'est sur ces derniers mots que nos deux amis se séparèrent.

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Prochain texte
La chronologie des textes du Nouveau Testament
le 3 novembre

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Chers lecteurs, si vous avez des remarques, des observations ou des questions, écrivez-moi à l'adresse theophile21@orange.fr
À suivre chaque dimanche … si vous le voulez bien.
dimanche 27 novembre  2016

samedi 19 novembre 2016

Jésus est-il vraiment ressuscité?

Les entretiens du dimanche
10
Jésus est-il vraiment ressuscité ?

Résumé des chapitres précédents
Candide est une jeune femme en recherche de spiritualité; elle s'est adressée à son ami Théophile, diacre permanent, qui a accepté de l'aider. Ils se retrouvent chaque dimanche pour un entretien, auquel un invité peut se joindre. Ainsi nous avons fait la connaissance de François, moine franciscain, de Louis diacre permanent, du Père Stanislas curé de la paroisse où ils se réunissent le dimanche, et de Cécile récemment baptisée et confirmée.
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         Le dimanche précédent, Candide avait pris des notes pour relire, à tête reposée, ce que frère François venait de lui dire. Puis elle ajouta:
-" Dieu ne peut pas mourir. Jésus cependant est mort sur une croix, quand les Romains le crucifièrent." Candide exprimait ainsi ce qu'elle pensait.
-" Oui, lui répondit frère François, qui ajouta: c'est pourquoi nous croyons fermement au témoignage de ses disciples, quand ils annoncèrent sa résurrection."
-"Donc, si Jésus est ressuscité, c'est parce qu'il est Dieu?" avait-elle interrogé avec un soupçon de doute.
-"Oui"
-",Mais alors, pourquoi, vous , chrétiens, dites-vous que votre religion croit en un seul Dieu, alors que vous soutenez que vous vénérez Dieu Père, Jésus Fils de Dieu, et l'Esprit-Saint?"
         De peur d'allonger l'entretien et de jeter le trouble dans l'esprit de Candide en lui donnant trop de sujets d'interrogation, Théophile avait proposé d'en rester là, pour ce dimanche.

 Donc, ce dimanche-là, Candide arriva d’un pas décidé. Théophile pensait en lui-même qu’elle devait avoir quelques questions sur la résurrection de Jésus, qui, il faut bien le reconnaître, n’est pas un fait si facile à accepter. D'emblée, elle attaqua l'entretien de manière directe, presque un peu hostile.
- "Bonjour Théophile…Tiens, frère François n'est pas là? Dommage … Tu m’as dit la dernière fois que Jésus était ressuscité, mais nous savons bien par expérience que personne ne ressuscite après sa mort. Cependant je veux bien admettre, pour l’instant, que ce que tu me dis est vrai. Alors, si Jésus est vraiment ressuscité, peux-tu me préciser ce que peuvent signifier la mort et la résurrection de Jésus?"
- "Avant de répondre à cela, il faut que je te précise ce qu'on entend par <résurrection>. D'abord, le mot: il vient du latin  resurgere qui signifie se relever, se lever une nouvelle fois.
L'Ancien Testament rapporte plusieurs cas de résurrection: celui du fils d'une païenne par Élie [1 R 17,17-24], ou encore celui du fils de la riche sunamite par Élisée [2 R 4,18-37].
Le Nouveau Testament n'est pas en reste en cette matière: citons la fille d'un chef de synagogue, Jaïre [Mc 5,22-24.35-43], le fils unique d'une veuve à Naïm  [Lc 7,11-17], et Lazare  [Jn 11,1-45], tous trois par Jésus . Il y eut aussi des cas de résurrection par Pierre et par Paul [Ac 9,36-42 et Ac 20,7-12]. Ceux qui sont revenus à la vie moururent par la suite. Mais Jésus ressuscité est vivant; il a vaincu la mort."
-" Merci pour ce distinguo, mais qu'en est-il pour Jésus?"
-" Les premiers disciples de Jésus et ceux qui leur ont succédé nous ont transmis quatre récits dont je te donne les références.
Les voici: d'abord le témoignage de ceux qui furent les premiers à constater que le tombeau de Jésus était vide: Marie Madeleine et les deux disciples, qui furent également témoins de la première apparition de Jésus ressuscité. Tu trouveras ce témoignage dans les quatre évangiles en [Jn 20, 1- 18 // Mt 28, 1-9; Mc 16, 1-8 ; Lc 24, 1- 11].


Ensuite et parallèlement à ce premier épisode, c'est la rencontre de Jésus avec deux disciples qui se rendaient au village d'Emmaüs. Ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé. Tandis  qu'ils parlaient et discutaient, Jésus s'approcha, et il marchait avec eux. Jésus leur expliqua tout. Tu liras le récit complet en [Lc 24, 13-53.]
Puis, le même soir, le premier jour de la semaine, les disciples étaient réunis et ils avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Cela est consigné en [Jn 20, 19-29].
Enfin, j'en appelle à Saint Paul qui a écrit dans sa première lettre aux Corinthiens:
  Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu: le Christ est mort, il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze;  ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois - la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont morts -; ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres, et en tout dernier lieu, il est même apparu à l'avorton que je suis. Comment certains d'entre vous peuvent-ils affirmer qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ, lui non plus, n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre message est sans objet, et votre foi est sans objet. [1 Co 15, 12-34].
Pardonne-moi d'avoir été un peu long, mais il fallait bien que je te donne les récits qui sont le point de départ de la foi en Jésus ressuscité."
-" Oui, je te remercie de ces précisons,  mais …."
-", Mais?..."
-" Et bien, je ne suis pas convaincue."
-"C'est normal, et à l'époque où se situe cet événement exceptionnel, les sceptiques furent nombreux, à commencer par les membres du Temple. je te lis un passage de l'évangile de saint Matthieu [Mt 28,11-15]:
Tandis que Madeleine et l'autre Marie venues faire leur visite au tombeau de Jésus étaient en chemin, quelques-uns des hommes chargés de garder le tombeau allèrent en ville annoncer aux chefs des prêtres tout ce qui s'était passé. Ceux-ci, après s'être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme en leur disant:“ Voilà ce que vous raconterez : 'Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.' Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. ” Les soldats prirent l'argent et suivirent la leçon. Et cette explication s'est propagée chez les Juifs jusqu'à ce jour.


Pierre et Jean vinrent au tombeau pour vérifier ce que les femmes leur avaient annoncé; ils pensaient qu'elles étaient "dérangées" comme on dit, qu'elles disaient n'importe quoi. C'est ce que saint Luc a retenu [Lc 24,11]: <Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas.>"



-" Ce que tu me dis est troublant. Que croire? Qui croire?"
-"Voici mon dernier argument. L'apôtre Jean, un témoin difficilement récusable, a raconté ce qui s'était passé au tombeau, quand il s'y rendit avec Pierre. Voici:
<Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.> [Jn 20,3-9]
Candide était rêveuse. Son silence ne pouvait s'expliquer que par la lutte qui se livrait en elle: la raison lui soufflait que tout cela était merveilleux, mais tellement inouï! Il lui était impossible de recevoir en toute confiance le témoignage des premiers disciples de Jésus. Bien sûr, elle reconnaissait que le christianisme avait conquis très rapidement l'Occident païen, que pendant trois siècles les chrétiens furent l'objet de persécutions et de tortures effroyables. Mais en réalité, elle découvrait qu'elle était encore loin de reconnaître que Dieu avait envoyé Jésus pour donner l'ultime révélation de son amour et de sa miséricorde pour les hommes.
Théophile, quant à lui, était conscient de la difficulté de faire partager sa foi à Candide. Il se souvenait des paroles d'un prêtre qui lui avait dit que la foi progresse en l'homme, comme un marcheur qui fait trois pas en avant puis deux en arrière jusqu'à ce qu'il parvienne au but de sa marche.
- Cependant, Théophile décida de rompre le silence, pour ajouter quelques mots: "Il y a deux manières d’appréhender ce que j’appellerai le mystère de la résurrection de Jésus, en donnant au mot mystère un sens plus complexe que le sens courant d’énigme : il faut le comprendre comme quelque chose qui se laisse saisir avec de plus en plus de profondeur, dans la mesure bien évidemment où on veut creuser le sujet.
Si on se borne au Jésus historique, le récit de sa naissance qu’en donne Luc est une fable, à peine plus crédible que les récits mythologiques. Quant à sa résurrection, elle est incroyable même si on pressent que le témoignage des Apôtres et des disciples qui iront jusqu’au martyre a quelque chose de pathétique, avec peut-être un fond de vérité.
Si au contraire on médite l’enseignement de Jésus et que l’on soit impressionné par ce qu’entreprirent les Apôtres et les disciples, c’est-à-dire quitter leur vie habituelle, s’en aller parcourir le monde pour dire qui était Jésus et quel était son enseignement, et bien souvent trouver la mort à cause de tout cela, alors on se pose des questions pour atteindre à cette vérité que ces hommes et ces femmes ont reçue de Jésus.
La naissance de Jésus est bien la venue de Dieu en ce monde, de Dieu prenant l’intégralité de la condition humaine et assumant cette condition [Ph 2,6-8]. Mais en même temps, Jésus reste Dieu comme l’affirmeront plus tard les Pères de l’Église. Alors, sa mort est celle de tout homme, mais sa résurrection devient la garantie que la condition humaine survivra à la mort terrestre pour connaître une vie définitive en présence de Dieu.
As-tu compris ?"

Candide hésita avant de répondre: -"Mon ami, je te remercie pour tes efforts de clarté, car je reconnais que le sujet d'aujourd'hui doit nécessairement être médité longuement. Il y a du "pour" mais il y a aussi du "contre". Je ne suis pas encore prête à accueillir sans restriction ce que tu appelles "mystère de la résurrection". Il faut certainement beaucoup de temps pour mûrir dans ta foi."
-"Candide, il te faudra être patiente pour entrer pleinement dans ce qui est la foi au Christ. Il faudra aussi que tu acceptes d’être confrontée à des choses qui heurteront ta raison ; à défaut d’être convaincue immédiatement, tu devras les considérer comme un aspect de la foi à approfondir, un « mystère » comme le définit le vocabulaire religieux des chrétiens. Ne rejette pas ces choses, attends, mets-les de côté, reprends-les, réfléchis, questionne inlassablement ; et puis, un jour, tu seras à même de comprendre."
-"Tu ne te fâcheras pas si je réagis un peu vivement quelquefois? Si je rechigne à recevoir ce que tu m'enseignes?"
-"Bien sûr que non, c’est promis."

-" À dimanche prochain?"
-"Oui, mille fois!"

***
Proposition de méditation

De Saint Épiphane de Salamine (? - 403), évêque
Homélie 3 pour la Résurrection

« Voici le jour que le Seigneur a fait, jour de fête et de joie » (Ps 117,24)
    Le Soleil de justice (Ma 3,20), disparu depuis trois jours, se lève aujourd'hui et illumine toute la création. Christ au tombeau depuis trois jours et existant avant les siècles ! Il pousse comme une vigne et remplit de joie toute la terre habitée. Fixons nos yeux sur le lever d'un soleil qui ne connaîtra pas de déclin ; devançons le jour et soyons remplis de la joie de cette lumière ! 

    Les portes des enfers sont brisées par le Christ, les morts se dressent comme d'un sommeil. Le Christ se lève, lui la résurrection des morts, et il vient réveiller Adam. Le Christ, résurrection de tous les morts, se lève et vient délivrer Ève de la malédiction. Le Christ se lève, lui la résurrection, et il a transfiguré dans sa beauté ce qui était sans beauté ni éclat (Is 53,2). Comme un dormeur, le Seigneur s'est éveillé et a déjoué toutes les ruses de l'ennemi. Il est ressuscité et il donne la joie à toute la création ; il est ressuscité et la prison de l'enfer a été vidée ; il est ressuscité et il a transformé le corruptible en incorruptible (1Co 15,53). Le Christ ressuscité a établi Adam dans l'incorruptibilité, sa dignité première. 

    Dans le Christ, l'Église devient aujourd'hui un ciel nouveau (Ap 21,1), un ciel plus beau à contempler que le soleil visible. Le soleil que nous voyons tous les jours ne peut se mesurer avec ce Soleil-là ; tel un serviteur pénétré de respect, il s'est éclipsé devant lui quand il l'a vu pendu à la croix (Mt 27,45). C'est de ce Soleil que le prophète dit : « Le Seigneur, Soleil de justice, s'est levé pour ceux qui le craignent » (Ma 3,20)... Par lui, le Christ, Soleil de justice, l'Église devient un ciel resplendissant de quantité d'étoiles, jaillies de la piscine baptismale dans leur lumière neuve. « Voici le jour que le Seigneur a fait ; exultons de joie en esprit et réjouissons-nous en lui » (Ps 117,24), pleins d'une allégresse divine.
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Prochain article
Le suaire de Turin
il paraîtra vers le 26 novembre
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Illustrations
- Les disciples d'Emmaüs

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dimanche 20 novembre  2016