mardi 20 décembre 2016

Noël

Les entretiens du dimanche
15

Noël

Avant de retrouver nos amis,
je vous invite à lire ce qui suit, s'il vous plaît.
Nous vous souhaitons un joyeux Noël!
Vivez-le dans la méditation des merveilles que Dieu fait pour vous.
Vivez-le dans la joie de la famille.
Mais si vous êtes en situation difficile, sachez que Dieu ne vous oublie pas.
Si le monde vit des temps difficiles, marqués par la guerre,
le terrorisme et les migrations de nombreux malheureux,
sachons voir les signes que Dieu nous donne.

Prions, prions sans cesse,
prions pour ceux que nous aimons,
mais aussi pour ceux que la maladie accable,
pour ceux que la solitude écrase,
pour ceux qui n'ont que la rue pour logement,
et pour ceux qui n'ont plus de raisons d'espérer.
*****
Cette année, la fête de Noël est célébrée un dimanche. Exceptionnellement, nos amis avaient donc décidé de se retrouver la veille de Noël.

Le sujet de leur entretien porte sur cette fête, l'une des plus importantes de la chrétienté, même si nos frères orthodoxes la célèbrent quelques jours plus tard, pour une affaire de calendrier différent. En effet, c'est en 1582 que le pape Grégoire XIII décida de remplacer le calendrier julien, calendrier lunaire, par un nouveau calendrier (calendrier solaire, appelé calendrier grégorien), ce  qui entraîna la suppression de 10 jours, passant ainsi du jeudi 4 octobre 1582 au vendredi 15 octobre 1582. La France adopta ce nouveau calendrier en décembre 1582. Le décalage actuel est de 13 jours. Les chrétiens orthodoxes décidèrent de ne pas appliquer cette réforme en raison du schisme de 1054.

*****
Comme d'habitude, Théophile accueillit Candide dans la petite salle attenante à l'église.
-"Théo, peux-tu me dire ce que représente Noël pour les chrétiens, bien que je ne sois pas aussi ignorante que tu peux le penser, n'est-ce pas! … et d'abord d'où provient ce mot?"
-"Je crois, lui répondit Théophile, que beaucoup de gens l'ignorent. En fait, il y  deux hypothèses, mais je ne saurais te dire si elles sont acceptables."
-"Ah bon!"
-"Oui, en effet. La première hypothèse suppose  que noël est une contraction des deux mots latins natalis dies, «jour de la naissance», de Jésus évidemment. La seconde y voit la contraction d’une acclamation des soldats romains envers l’empereur Aurélien : novus helios, « nouveau soleil ». Je n'en sais pas plus."
-"As-tu remarqué que la contraction de novus helios serait proche de no-el?"
-"C'est envisageable, reconnut Théophile, mais l'empereur Aurélien qui a vécu au 3e siècle ap. J-C. était un païen qui s'était proclamé dieu et empereur en référence au dieu soleil."
-"Bof!"….
-" …. et n'oublies pas que les chrétiens ont été persécutés jusqu'en 331, année où l'empereur Constantin a proclamé le christianisme religion d'État."
-"Bien, maître, je m'incline." admit Candide, en mimant une mine déconfite, mais moqueuse, à n'en pas douter.
-"À ta première question, je peux t'affirmer que Noël est la grande fête de la fin de l’année ! De plus en plus désacralisée, semble-t-il, en France particulièrement, hélas! Mais  elle reste cependant une des principales fêtes de famille, ce qui est heureux par les temps qui courent où nombre de familles sont dispersées, désunies ou recomposées. Pour les chrétiens par contre, c’est avant tout la fête de la naissance du Sauveur, de Jésus-Christ, Dieu venu sur Terre pour que tous les hommes vivent avec Lui à la fin des temps. À la joie de se remémorer la naissance de leur Sauveur, les chrétiens, bien sûr, ne manquent pas de  fêter aussi la famille par la même occasion. L'amour de Dieu pour l'humanité suscite le même amour chez ses disciples, même si les drames qui ne manquent pas dans la vie ne leur font pas douter des intentions de Dieu pour leur donner un bonheur éternel.
Lorsque je préparais des couples au mariage, j'ai pu constater que, pour eux, Noël était la fête chrétienne la plus suivie, bien avant Pâques et les autres. Mais ils avouaient une ignorance regrettable sur sa signification profonde; beaucoup en étaient restés au "petit Jésus".

-"Je sais, reprit Candide, que les chrétiens célèbrent la naissance de Jésus, Fils de Dieu. Mais, qu'est-ce qui fonde cette fête? Comment cette naissance fut-elle annoncée?"
-"J'y viens. Je te rappelle la prophétie d'Isaïe, mais aussi le texte du prophète Michée, sixième des douze petits prophètes, qui prophétisa sous les règnes de Jotham, Acaz et Ezéchias, tous trois rois de Juda, et qui fut peut-être contemporain du prophète Isaïe:
< Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël.> [Mi 5,1]
La suite du texte est intéressante, car elle précise que
<Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera... celle qui doit enfanter … Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu ...  et lui-même, il sera la paix !>"
-"Intéressant cela. Deux prophéties semblables et probablement contemporaines l'une de l'autre!"
- Théophile hocha la tête, et il poursuivit le cours de son exposé: "Il y a environ 2.000 ans naquit un petit enfant, dans une bourgade de Judée, appelée Bethléem. L’empereur de Rome, Auguste je crois,  avait ordonné de recenser les habitants de son vaste empire. En Palestine, tous devaient se rendre dans leur ville d’origine pour y être recensés. C’est ainsi que Joseph et Marie partirent de Nazareth en Galilée pour se rendre à la ville natale de Joseph,  Bethléem, alors que Marie était enceinte.
Dur et long voyage pour un couple qui n’était pas riche; environ 140 km, à parcourir à pied et à dos d'âne si on en croit un célèbre film.  Le déplacement des foules était tel qu’à Bethléem, Joseph et Marie ne trouvèrent pas de place pour se loger, dans ce qui était sans doute le caravansérail. Une grotte, ou une grange, peut-être une étable, dit-on, fut le seul abri qu’ils trouvèrent et c’est là, dans une grande pauvreté, que naquit leur fils, Jésus. Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire (Lc 2,7)
Ainsi le puissant empereur de Rome ignorait que, sur son ordre, naissait ce petit enfant qui devait bouleverser le monde, accomplissant enfin les prophéties qui avaient annoncé un Messie chez les Juifs."
-"Tu es allé deux fois en pèlerinage en Israël. Tu connais le pays où se déroula ce voyage exténuant sans doute pour une toute jeune femme enceinte."
-"Oui, en effet. Cependant, avant d'évoquer la naissance de l'enfant, il faut que je te raconte deux événements majeurs qui l'ont précédée: d'abord l'Annonciation puis la visite de Marie à sa cousine Élisabeth."
-"Je suis tout ouïe, mon ami. Je t'écoute."


-"L'Annonciation. Un ange vient annoncer à Marie qu'elle va enfanter le Sauveur."
-"Pardonne-moi de t'interrompre, mais comment sait-on ce qui s'est dit entre l'ange et Marie, car je suppose qu'il n'y avait pas de témoin?"
-"En effet, tu supposes bien. Je vais ouvrir une parenthèse. L'évangéliste Luc a rapporté cette scène. Il ne peut pas l'avoir inventée. Il faut donc supposer que Luc a recueilli directement le contenu de cet événement auprès de Marie. Il faut aussi noter que Luc est le seul à raconter d'autres épisodes de la vie de Jésus; outre l’Annonciation, je citerai la Visitation, la visite des bergers à la crèche, la venue des rois mages, Jésus parmi les docteurs de la Loi. Son évangile aurait été écrit entre 60 et 80. En ce cas, Jésus n’étant plus de ce monde depuis l’an 30 (ou 31), qui a renseigné saint Luc ? De qui a-t-il recueilli des informations si précises sur l’Annonciation, la Visitation, etc. Se pourrait-il que Luc ait rencontré Marie ? Luc a-t-il été renseigné par Jean qui a recueilli Marie après le départ de Jésus ? Questions sans réponses à notre connaissance, et qui ne doivent pas nous arrêter; n'oublions pas qu'il n'y a pas de biographies de ces hommes et femmes. Avancer une date de naissance ou de décès est pure conjecture."

-"Bien. Que peux-tu me dire sur l'Annonciation?"
-"Comme tu as avec toi une bible, ouvre-la et cherche dans l'évangile de Luc au chapitre 1, versets 28 à 38. Tu y es?"
-"Oui."
-"La scène nous est bien connue. L'archange Gabriel vient annoncer à Marie qu'elle enfantera de l'Esprit Saint le fils de Dieu. Dieu propose et attend une réponse. Elle sera donnée, en toute liberté : « Voici la servante du Seigneur ! Qu'il me soit fait selon ta parole. » Marie devient la mère de Jésus, le Messie tant espéré et attendu par les Juifs. Nous savons que Marie deviendra, au pied de la croix, la Mère de l'Église, puis les chrétiens verront en elle la Mère du Sauveur avant qu’elle ne devienne, beaucoup plus tard, la Mère de Dieu. Dieu commence en Marie sa vie humaine qui le conduira jusqu'à la Croix, la mort et la Résurrection, jusqu'à la Gloire finale.

L'Annonciation et l'Incarnation ne sont, pour ainsi dire, qu'un seul et inséparable mystère. Depuis plus de quatre mille ans, la terre attendait le Sauveur promis.
Qui pouvait bien être choisie pour être celle qui, d'après les plans divins, doit donner naissance au Sauveur du monde? Où vit-elle? Est-ce une femme remarquable et célèbre? Rien de tout cela.  Il y a dans une petite bourgade de Palestine à la réputation douteuse [Jn 1,46], à Nazareth, une humble et pauvre maison où habite une jeune vierge inconnue ; son nom est Marie. Elle est l’épouse d'un ouvrier charpentier, Joseph.
L'ange soudain paraît devant elle : "Je vous salue, pleine de grâce, dit-il, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes!" Marie se trouble, à ces étonnantes paroles.  Quel honneur et quel bonheur! Pourquoi? Pour donner naissance au Sauveur? Mais comment s'opérera cette merveille en celle qui a voué à Dieu sa virginité? La réponse est facile à l'envoyé du Ciel :
"L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu."
Marie n'a plus qu'à prononcer le oui qui va faire tressaillir la terre d'espérance.
Il est facile de comprendre cet événement dans la perspective de l'histoire d'Israël, le peuple élu dont Marie est fille, mais il est facile aussi de le comprendre comme la réponse aux questions fondamentales de l'humanité. Dieu va au-devant de notre inquiétude. Il ne s'agit pas seulement ici de paroles de Dieu révélées par les prophètes, mais, au moment où Marie dit oui, le Verbe se fait réellement chair [Jn 1,14]. Marie atteint ainsi une telle union à Dieu qu'elle dépasse toutes les attentes de l'esprit humain. Elle dépasse même les attentes d'Israël. Ce n'est que par la force de l'Esprit Saint « venu sur elle » que Marie pouvait accepter ce qui est « impossible aux hommes, mais possible à Dieu » (Mc 10,27)"

Candide avait écouté attentivement. Elle tentait de saisir l'importance de ce récit pour les hommes et femmes de tous les temps, de toutes les nations, de toutes les pensées.
-"J'ai beaucoup de questions à te poser?" dit-elle.
-"Je n'en doute pas. Je te propose de les noter et nous verrons plus tard en détail la signification de l'Annonciation. Il en sera de même pour ce que je vais te dire sur la visite de Marie à sa cousine Élisabeth, récit plus connu sous le vocable "La Visitation."
-"D'accord."
-" Après avoir annoncé à Marie le mystère de l'Incarnation, l'archange Gabriel la prévient que sa cousine Élisabeth, âgée et jusque là stérile, sera mère dans trois mois:
" Voici qu'Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait : 'la femme stérile'.  Car rien n'est impossible à Dieu."
Toute à la joie de sa maternité future, Marie ne tarde pas à se mettre en route pour féliciter l'heureuse mère. Note bien que Marie ne doute pas un instant de la parole de l'ange. A-t-elle besoin du signe que lui donne l'ange en annonçant la venue d'un enfant pour sa cousine?

Marie possédait en elle, avec Jésus, toutes les richesses et toutes les joies du ciel ; cela lui suffisait. Elle voyait, dans l'accomplissement de cette visite, une occasion de glorifier Dieu. La rencontre des deux futures mères, et surtout des deux enfants qu'elles portaient, était dans les desseins de Dieu. Marie n'hésita pas à s'exposer aux fatigues d'un long chemin (110 km à vol d’oiseau à travers la Samarie).
Marie n'a pas été retenue par les rigueurs d’un voyage, dur et périlleux en son état, ni du service à rendre à sa cousine. Marie resta auprès d'Élisabeth environ trois mois.
Ouvre maintenant ta bible au chapitre 1, versets 39 à 56 de l'évangile de Luc. Lis ce passage tranquillement, et attache-toi surtout aux versets 46 à 55; ils composent ce qu'on appelle le Magnificat."

Candide se concentra sur sa lecture, avec un silence que Théophile ne troubla pas.
Enfin, elle leva les yeux de sa bible et dit à Théo : "C'est beau! C'est magnifique, si j'ose dire! Je comprends pourquoi tu souhaites que nous en reparlions plus tard. Je te remercie de tout ce que tu m'as dit avant la fête de Noël. J'espère que je la vivrai plus intensément que les quelques fois où j'y suis allée par curiosité. Merci, Théo… Et joyeux Noël!"

Nos deux amis se donnèrent rendez-vous pour la messe de minuit.
*****
Prochain texte
L'enfance de Jésus
le 31 décembre
si Dieu le permet.
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Illustrations
Giotto - la naissance de Jésus
Baldovinetti - L'annonciation
Domenico Ghirlandaio - La Visitation

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Chers lecteurs, si vous avez des remarques, des observations ou des questions, écrivez-moi à l'adresse jacques.choquet2@orange.fr
À suivre chaque dimanche … si vous le voulez bien.

Le 20 décembre 2016

samedi 17 décembre 2016

Un Sauveur nous est donné

Les entretiens du dimanche
14

Un Sauveur nous est donné




À la mémoire du Chanoine Marcel Bourland
qui fut pour moi un guide attentionné



Le dimanche précédent, Candide n'avait pas pu se rendre à la paroisse pour un entretien avec Théophile, car elle avait la grippe. Son état de santé s'étant amélioré, elle tenait à poursuivre sa démarche pour mieux connaître la religion de son ami Théophile. C'est son amie Cécile qui vint la chercher en auto, et toutes deux arrivèrent à la paroisse. Comme Théophile avait fait parvenir à Candide les notes qu'il avait prises sur le sujet relatif à la chronologie des écrits du Nouveau Testament, il entreprit de parler du thème choisi: un Sauveur nous est donné.

- Candide prit la parole: "Pourquoi parles-tu d'un sauveur? Sauveur, mais de quoi et pour qui?"

- "Et bien, ça démarre fort, ma chère Candide, s'exclama Théo. Par définition,
un sauveur est celui ou celle qui tire quelqu'un d'une situation critique où il risque de perdre la vie ou ce qui est sa raison de vivre. C'est le nom donné à Jésus-Christ envoyé ici-bas pour sauver les hommes. Il ne faut pas confondre sauveur et sauveteur : le sauveteur est celui qui prend part à un sauvetage, c'est-à-dire à l'action de retirer quelqu'un ou quelque chose d'une situation critique. J'ajouterai la définition du mot salut : le salut est le bonheur éternel qui résulte du fait d'être sauvé de l'état de péché et des souffrances liées à notre existence dans un monde sensible, et qui affectent notre corps et nous renvoient à notre finitude."
-" C'est ce qu'on m'avait expliqué au catéchuménat, dit Cécile."

         Candide était dubitative. Le péché, certes, elle savait à peu près de quoi voulait parler Théophile. Les souffrances, c'était très clair. Restait le bonheur éternel, qui, pour elle, était une notion assez floue, parce qu'elle ne savait pas encore avec précision et clarté ce qui était l'essentiel de la foi de son ami Théo.
"Sauveur, sauveteur, j'ai saisi la nuance. Mais pourquoi les chrétiens parlent-ils de Jésus comme d'un sauveur? Vous écrivez d'ailleurs Sauveur avec une majuscule!"

-"Candide, tu as eu raison de demander <Sauveur, mais de quoi et pour qui?> Avant de te répondre, il faut que j'apporte quelques informations sur le cheminement spirituel des juifs et des chrétiens."

Théophile vit que Cécile était très attentive à ses propos. Il poursuivit:
-"Tout commence avec une prophétie attribuée à Isaïe. Les biblistes estiment que le livre d'Isaïe a été écrit par plusieurs auteurs, sur une période très longue. Aussi, faisons simple. Je vous rappelle, mes amies, qu'une prophétie est l'annonce d'un événement qui s'inscrit dans un futur plus ou moins lointain, et qui se réalisera; sans cette réalisation, on ne parle pas de prophétie.
L'annonce d'un sauveur se trouve très vraisemblablement dans un passage du prophète Isaïe. Le voici :
Is 7,14 - … Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici que la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel.

Comment faut-il comprendre ce texte ? Si on s'en réfère aux notes explicatives données par les bibles, le signe que le Seigneur, c'est-à-dire Dieu, donne est la naissance d'un garçon. De quelle jeune femme s'agit-il ? Au moment où ces paroles sont prononcées, il s'agit probablement de l'épouse royale. Il faut sans aucun doute rejeter l'idée qu'il s'agit de n'importe quelle jeune femme, puisque le prophète rapporte les paroles de Dieu au roi. L'oracle s'adresse à la maison de David dans une situation où la dynastie royale est en cause. L'enfant dont il s'agit est donc l'héritier de la dynastie. Mais dès le deuxième siècle avant J.-C., et peut-être même avant, la tradition juive a vu dans cette naissance exceptionnelle, attendue dans le futur, la naissance virginale du Messie, c'est-à-dire que le Messie naîtrait d'une femme encore vierge.
         Ces précisions se trouvent dans les notes explicatives des bibles.

L'évangéliste Matthieu reprendra la prophétie d'Isaïe sous une forme personnelle (Mt 1,18-25). Je ne vous cite pas en entier ce passage, je n'en retiens que quelques phrases :
       <Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l'action de l'Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit: “ Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint ;  elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire: Le-Seigneur-sauve), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.
Tout cela arriva pour que s'accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : “ Dieu-avec-nous ”.
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il n'eut pas de rapports avec elle ; elle enfanta un fils, auquel il donna le nom de Jésus.>
Remarquons que l'ange n'a pas donné à l'enfant le nom d'Emmanuel mais celui de Jésus."

Théophile fit une pause, car ses deux amies avaient écouté attentivement; il fallait leur laisser le temps de "digérer" ces explications. Pour favoriser leurs réflexions, il leur proposa un café qu'elles acceptèrent avec plaisir.

-"Théo, dis-moi, demanda Candide. Tu as parlé de Messie. Je te cite: dès le deuxième siècle avant J.-C., la tradition juive a vu dans cette naissance exceptionnelle, attendue dans le futur, la naissance virginale du Messie, c'est-à-dire que le Messie naîtrait d'une femme encore vierge.
Cette tradition n'envisage pas le messie comme un sauveur, semble-t-il? Mais saint Matthieu parle d'un sauveur, puisque c'est la signification du nom de Jésus. Jésus signifie Le-Seigneur-sauve, et Emmanuel Dieu-avec-nous."
-"Oui, lui répondit Théo. C'est ce qui explique que les contemporains de Jésus vont se diviser en deux camps: ceux qui le croient et deviendront ses disciples, et ceux qui lui dénieront toute autorité, allant même jusqu'à vouloir sa mort. Rappelez-vous que Jésus a dit :
«N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. (Mt 5,17)
ce qui signifie que Jésus n'est venu ni détruire la Loi, ni la consacrer comme intangible, mais lui donner par son enseignement et son comportement une forme nouvelle et définitive, où se réalise enfin en plénitude ce vers quoi la Loi acheminait. Aucun détail de la Loi ne doit donc être omis à moins d’avoir été ainsi conduit à son achèvement. L’amour, où déjà se résumait la Loi ancienne, devient le commandement  nouveau de Jésus, et accomplit toute la Loi.
         Matthieu n’est pas le seul à penser que les Écritures s’accomplissent en Jésus. Aux yeux de Jésus et de ses disciples, Dieu a annoncé ses desseins, soit par des paroles soit par des faits, et la foi des chrétiens découvre que l’accomplissement des textes bibliques dans la personne de Jésus Christ ou dans la vie de l’Église manifeste l’accomplissement réel des vues de Dieu. C'est pour cela que Jésus a inlassablement enseigné les foules, pour les sauver, c'est-à-dire les amener à vivre selon les desseins de Dieu, et fuir les occasions de pécher.

 Rappelez-vous également que des pharisiens ont contesté l'autorité de Jésus. Ainsi en Mt 21,23 :
Il était entré dans le Temple et il enseignait, quand les grands prêtres et les anciens du peuple s'approchèrent et lui dirent : «Par quelle autorité fais-tu cela? Et qui t'a donné cette autorité?»
mais les foules semblaient être d’un avis différent , comme en Mt 7,28-29 :
Et il advint, quand Jésus eut achevé ces discours, que les foules étaient frappées de son enseignement :  car il les enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes. 

         De son temps, Jésus fut un sujet d’étonnement et de questionnement. Dans les prophéties, on ne trouve aucune précision sur la nature du Messie-Sauveur : sera-t-il un roi temporel ou bien sera-t-il un envoyé de Dieu, et encore quel type d'envoyé ? On se rappellera ici la confusion qui était présente dans l'esprit des autorités juives lorsque Jean le Baptiste prêchait dans le désert (Jn 1,19), confusion qui sera encore confirmée plus tard lorsque Jésus lui-même demandera à ses disciples : « Pour vous qui suis-je ?, Et pour les gens qui suis-je ? » (Mt 16,13.15)
         Ce questionnement se poursuivra encore dans les siècles à venir après le départ du Christ pour le ciel, et il faudra quelques conciles pour fixer la doctrine chrétienne sur la question: qui est Jésus ? Mais nous en reparlerons une autre fois, si vous le voulez bien, car il se fait tard.
        
         Avant de nous quitter, je pense que vous avez compris que l'enseignement de Jésus est la règle de vie de tout chrétien, et qu'il ne faut pas ignorer l'Ancien Testament, ce qui est quelquefois mal reçu, nous en avons fait l'expérience avec certains chrétiens très pratiquants. Jésus est le Sauveur qui nous mènera auprès de Dieu quand notre vie terrestre sera achevée.
         Nous nous retrouvons dimanche prochain ? »
-"Évidemment, Théophile. À bientôt et merci de tes informations qui vont nourrir notre réflexion ces jours à venir, lui affirmèrent Candide et Cécile."


*****
Proposition de méditation
Temps de l’Avent
Année A
Quatrième dimanche

Textes : Is 7,10-16 ; Ps 24 (23); Rm 1,1-7 ; Mt 1,18-24
Les textes de la première lecture et de l’évangile offrent un contraste saisissant sur l’attitude de l’homme par rapport à sa relation avec Dieu. Le passage du livre d’Isaïe nous rapporte qu’un roi d’Israël, Acaz, refuse tout net de prier Dieu pour lui demander un signe, en arguant qu’il ne faut pas mettre Dieu à l’épreuve. Pourquoi ce refus ? Nous allons le voir un peu plus loin. L’évangile nous montre le trouble de Joseph après qu’il eut appris la maternité future de Marie, avec laquelle il est fiancé, ce terme ayant à l’époque plus de force qu’aujourd’hui, puisqu’il signifiait un engagement mutuel si réel que le fiancé était désormais considéré comme marié et qu’il ne pouvait se dégager qu’en répudiant publiquement la fiancée, qui subissait alors la mort par lapidation (Dt 22,20-21). Dieu va lui donner un signe. Notre réflexion portera donc sur les signes que Dieu adresse aux hommes.

Revenons au roi Acaz. Le contexte nous apprend que le royaume est en guerre avec deux pays ennemis, si puissants que la fin du royaume d’Israël est certaine.  Le roi Acaz est en fait un roi faible, qui malheureusement appartient à ce type de personne qui, par orgueil et aveuglement, ne croit qu’en l’homme. Or si l’issue de la guerre est fatale à son royaume, la promesse de Dieu concernant le Messie ne pourra pas se réaliser, parce que la lignée de David dont doit sortir le Messie sera rompue (Ps 131,11). Cela ne se peut et c’est pourquoi un signe est proposé au roi, qui le refuse ; mais Dieu ne peut pas accepter et c’est pourquoi le prophète intervient. Sa prophétie obéit au mécanisme bien connu qui repose sur deux termes : une partie de la prophétie fait allusion à un événement qui surviendra dans un futur non précisé, et un deuxième événement aisément reconnaissable se réalise dans un futur proche, garantissant ainsi le premier.

On sait ce qu’il advint : le messie annoncé est venu quelques centaines d’années plus tard, réalisant la promesse : « Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel » Abandonnons Acaz à ses  soucis pour revenir à Joseph.

Joseph se trouve devant une situation qui, humainement parlant, ne laisse planer aucun doute sur la conduite répréhensible de Marie, conduite qui, d’après la Loi juive, va être fatale à Marie si elle est révélée publiquement par la répudiation.  Mais Joseph est un homme juste, qui pressent qu’un événement hors du commun dépasse son intelligence. Joseph a placé toute sa vie dans la main de Dieu. Aussi est-il amené à penser que la vie de Marie est également offerte à Dieu. Joseph est convaincu de la vertu de Marie, il ne voit en elle aucun penchant mauvais : il entrevoit que ce qui arrive à Marie ne peut pas résulter d’un acte licencieux. Ce n'est pas du tout d'une façon idyllique et peu durable que Joseph aime Marie. L’amour entre eux est plein de délicatesse, de limpidité et de pureté ; c’est un amour d'une très grande force. Joseph a reconnu l'amour authentique de Marie pour Dieu. Et c’est pourquoi il ne veut pas la livrer à la justice brutale des hommes.

Dieu va l’éclairer, car Dieu n’est pas indifférent à ce qu’il a créé avec tant d’amour, et c’est pourquoi il intervient dans l’histoire d’un homme ou d’un peuple pour que vienne le règne messianique. Dieu donne à chacun de nous des signes de sa présence dans notre vie, selon des modalités que lui seul choisit, parce qu’il a souci de nous conduire à lui et de ne pas nous laisser nous perdre (2 P 3,8-10) ; il veut que tous aient le temps de se convertir. Nous recherchons ces signes, ou nous pouvons délibérément vouloir les ignorer ; souvent la quête est difficile, subtile, troublante, voire déroutante.

Des deux lectures, nous pourrions tirer plusieurs leçons pour notre vie mais c’est sur le signe que nous voudrions insister. Ceux qui ont une grande pratique de la prière et de l’adoration savent que la réalité est bien celle-là : Dieu nous donne des signes. Mais ces signes ne sont perceptibles que si nous les recherchons par une disposition de tout notre être à accueillir Dieu. Il y a des signes visibles, pour ainsi dire tellement banals que nous oublierions presque que c’est Dieu qui est présent dans notre histoire : ce sont les sacrements, témoignages de la présence active de Dieu dans son Église. Mais il y a d’autres signes, plus discrets, que Dieu nous réserve. Ce sont ces signes qui peuvent nous échapper si notre vie religieuse se limite à quelques instants, chichement concédés à Dieu. En ce cas, il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’au dépérissement de la foi et de la pratique assidue à la vie de prière, de sacrement et de charité ; les signes de Dieu sont alors perdus à cause de notre aveuglement et de notre surdité.

Nous approchons de Noël, et nous ne voudrions pas achever notre réflexion sans méditer encore l’exemple de Marie et de Joseph. Ce qui est beau chez Marie et chez Joseph, c'est leur fidélité et leur confiance inébranlable à l'Esprit Saint dont les voies sont imprévisibles. Si Marie a accepté l’honneur et la mission que Dieu lui confiait, Joseph, quant à lui, fut troublé par la situation à laquelle il était confronté. Quoi qu’il en soit, tous deux acceptèrent ce que cette double Annonciation leur demandait. Ce qui nous est  difficile, à nous, c'est d'admettre l'imprévisible action de Dieu dans notre vie.  Nous pensons être prêts à tout, mais quand Dieu nous demande notre engagement sur un chemin dont le but nous dépasse, nous cherchons sans doute d’abord comment y échapper, en oubliant peut-être de prendre le temps de la prière. Marie et Joseph nous donnent l’exemple d'une vie simple qui reconnait que Dieu puisse intervenir et bousculer leurs plans.

C'est ainsi que  Marie et Joseph nous préparent à Noël : nous fêterons non seulement la naissance de Jésus, Verbe de Dieu venu en ce monde, vrai Dieu venu partager la condition humaine, mais nous fêterons aussi Dieu qui intervient dans notre vie personnelle, par amour pour nous. Il intervient souvent, nous donnant de multiples signes de sa patience, de sa tendresse, de sa miséricorde. A celui qui sait observer, tout est Parole de Dieu, même ce qui a priori le dépasse. Noël est une fête, une fête où les familles échangent des signes d’affection ce qui est bien naturel, mais là n’est pas l’essentiel ;  Noël est avant tout la fête de la venue de Dieu parmi nous. C’est avec Marie et Joseph qu'il faut préparer Noël, en méditant, en toute occasion, cette phrase de l'Évangile de ce jour : « Tout cela arriva pour que s'accomplît la Parole du Seigneur » (Mt 1,22). Viens, Seigneur Jésus. Nous t’attendons pour vivre avec toi.

Amen.

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Prochain texte
Noël
ou un titre correspondant à cette période
le 24 décembre
si Dieu le permet.
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Illustration
Botticelli- La Madone du Magnificat (1485)
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Le 17 décembre 2016

samedi 10 décembre 2016

Chronologie des écrits du Nouveau Testament

Les entretiens du dimanche
13
Chronologie des écrits du Nouveau Testament

On approchait de la Noël, car la période de l'Avent était commencée. Il faisait très froid depuis quelques jours, et Théophile était très étonné que Candide ne donne aucun signe de vie, elle qui avait toujours des questions en tête. Aussi avait-il téléphoné à son amie pour prendre des nouvelles, et la pauvre Candide lui avait appris, d'une petite voix, qu'elle avait la grippe et qu'elle ne pourrait se rendre au prochain entretien. Théophile, peiné, lui avait souhaité un rapide rétablissement.
Décidément, l'épidémie de grippe commençait à sévir. L'épouse de Théophile avait dû s'aliter car elle avait attrapé la grippe, elle aussi, et une personne d'aide aux handicapés la gardait. Aussi, après la messe du dimanche où le frère François avait assisté le Père Stanislas, Théophile était libre. C'est alors que le Père Stanislas avait proposé à Théophile de se joindre au repas; Théophile avait accepté avec joie, d'autant que François était de la partie.
Après un repas frugal, nos trois amis prenaient un café bien mérité, quand frère François s'enquit du sujet que Théophile aurait abordé avec Candide. Il s'agissait de la chronologie des écrits du Nouveau Testament.
-"Théo, demanda frère François, peux-tu nous en dire quelques mots?"
- "Bien sûr. Judas était mort de façon tragique, quelques heures après avoir livré son maître. Jacques, frère de Jean, l'un des Douze, trouva la mort en 43 ou 44, au cours d'une persécution menée contre l'Église par le roi Hérode Agrippa Ier (Ac 12,1-2). À mesure que les années passaient, les compagnons de Jésus disparaissaient les uns après les autres. Les témoins directs se faisaient plus rares, et l'on voyait venir le temps où plus un seul ne serait là pour garantir la tradition remontant à Jésus. Le retour tant espéré de Jésus dans sa gloire devenait de plus en plus problématique. Tout cela joua un rôle non négligeable dans l'idée qui se fit jour de rédiger les textes que nous appelons évangiles."
-" Je t'arrête, intervint le Père Stanislas. il s'agissait alors de consigner les faits et gestes, et l'enseignement de Jésus. Beaucoup se mirent à la tâche. On ne peut donc pas parler d'évangiles, tels que nous les connaissons aujourd'hui."
-" Oui, je suis allé un peu vite dans la manière de m'exprimer, répondit Théophile. D'ailleurs, cela vaut aussi pour les autres textes du Nouveau Testament."
-"Sauf peut-être pour les lettres de saint Paul. <Peut-être> est de trop, je pense, dit frère François. Je suis sûr qu'on ne peut pas douter que ce soit Paul qui ait écrit les textes qu'on lui attribue. En fait, ce sont les textes que les spécialistes reconnaissent comme écrits en premier. Les voyages de Paul s'étendent des années 44 à 67, 67 étant l'année de son exécution à Rome.
Si vous le voulez bien, je vous donne des détails?"
- "Volontiers, dirent d'un même accord, le Père Stanislas et Théophile."

Paul de Tarse

- "Donc, Paul a écrit les lettres aux Thessaloniciens entre 50 et 52. Suivirent en 57, la lettre aux Philippiens et les deux épitres aux Corinthiens. Entre 58 et 60, il écrivit la lettre aux Galates et la lettre aux Romains, qui furent suivies des lettres aux Colossiens, Éphésiens et à Philémon en 63, et enfin des quatre derniers textes en 67, j'ai nommé la lettre à Tite, aux Hébreux, et les deux à Timothée."
- "Et bien! quelle mémoire, quelle érudition, mon cher François, ne put s'empêcher de reconnaître le Père Stanislas. À mon tour de faire preuve d'un manque de modestie, en ajoutant quelques autres dates: entre 58 et 60 se situe la lettre de saint Jacques, suivi de la première épître de Pierre en 63, de Jude et de la deuxième lettre de Pierre entre 80 et 90. "
- Théophile, muet jusque là, sortit de son silence ébahi: "et les évangiles, dans tout cela ? J'ai entendu dire que l'évangile de Marc aurait été rendu publique en l'année 70 !"
- "Bonne remarque, dit frère François, car pour les Évangiles on annonce les années 80 pour ceux de Luc et de Matthieu, et 90 pour Jean. Les actes des apôtres auraient été écrits en 80, l'Apocalypse et les lettres de Jean en 95 !"
-" En effet, intervint le Père Stanislas, les dates retenues pour les Évangiles sont très tardives par rapport aux autres écrits."
-Théophile se tourna vers le Père: "Comment peut-on expliquer ce décalage ?"
- "Il y eut bien un moment dans l'histoire des évangiles où se fit le passage de l'oral à l'écrit, mais les circonstances de composition et le contenu des premiers recueils se perdent dans le dédale des hypothèses. Certains biblistes font remonter très haut dans le temps les premiers textes rédigés ; d'autres, au contraire, considèrent que tout le matériau évangélique se transmit par oral, pratiquement jusqu'à la rédaction du premier évangile, celui de Marc, dans les années 65-70 de notre ère. La vérité est sans doute à situer quelque part entre ces deux extrêmes.
Ce qui est quasiment sûr, c'est que les premiers écrits chrétiens officiels ne furent pas des évangiles, même fragmentaires, mais des épîtres. Aucune d'entre elles ne fait la moindre allusion à un quelconque écrit sur Jésus qui aurait fait autorité dans les communautés chrétiennes. Si donc, des collections de récits ou des recueils de paroles évangéliques existaient dans ces années-là sous forme écrite, ils n'avaient aucun caractère officiel et étaient tout au plus des aide-mémoire.
Dans les années 50-60 pour faire face à l'augmentation du nombre des fidèles et à la naissance de nouveaux foyers de christianisme, l'Église eut besoin de textes qui favorisaient l'unité de pratique entre des lieux souvent assez éloignés les uns des autres ; par exemple des recueils de miracles ou de paroles de Jésus sur un sujet donné, dans lesquels on pouvait puiser pour la catéchèse ; ou encore des regroupements de controverses sur le sabbat ou d'autres points de la loi de Moïse qui servaient dans la polémique avec les Juifs restés hostiles au courant chrétien.
Dans ce passage à l'écrit, la liturgie joua sans doute un rôle non négligeable. À côté des Écritures juives utilisées pour les célébrations, des textes liturgiques chrétiens eurent assez tôt leur place : chants, hymnes, mais aussi récits liés aux grandes fêtes de l'année chrétienne dont le calendrier se constituait progressivement. La Pâque occupait la toute première place, ce qui explique que les récits de la Passion et de la Résurrection soient à compter parmi les plus anciens fragments d'évangiles rédigés. Ainsi fixés, ils pouvaient aussi être mieux communiqués d'une Église à l'autre.
On peut aussi partir des quatre évangiles achevés tels que nous les trouvons dans nos bibles. Leurs divergences existent. Mais leurs ressemblances sont parfois telles qu'on est amené, pour en rendre compte, à faire l'hypothèse de sources écrites dans lesquelles les rédacteurs auraient puisé. Aucune de ces sources ne nous est parvenue ; aussi, différentes tentatives ont-elles été faites pour en déterminer la nature et le contenu. Ces essais fort variés sont habituellement appelés “hypothèses documentaires ”, parce que faisant appel à des documents hypothétiques plus ou moins nombreux.
La plus classique, mise au point en 1832 par le bibliste allemand Friedrich Schleiermacher, est connue sous le nom de “ théorie des deux sources”. Elle suppose que les évangélistes Matthieu et Luc auraient tous deux utilisé comme source, d'une part l'évangile de Marc, antérieur au leur, d'autre part un document hypothétique, actuellement perdu, regroupant essentiellement des paroles prononcées par Jésus, qui reçut le nom de “ source des logia (du mot grec logion qui signifie “ oracle ”), ou plus simplement de “ source Q ” (Q étant la première lettre du terme allemand Quelle qui veut dire “ source ”). Le document Q serait à l'origine de nombreux passages communs aux évangiles de Matthieu et de Luc, et absents de Marc. Cette hypothèse, vieille d'un siècle et demi, ne rend pas tout à fait compte de la complexité des ressemblances et des différences entre les quatre évangiles canoniques. Aussi a-t-on été amené, particulièrement en milieu francophone, à proposer d'autres schémas, mettant en jeu d'autres documents sources, parfois fort nombreux (jusqu'à six ou sept), mais toujours aussi hypothétiques. Tous ces essais sont intéressants car ils partent d'observations, souvent très fines, sur le texte évangélique, mais aucun ne s'impose dans ses résultats. On ne sort pas du registre des hypothèses.
Dans l'état actuel de la recherche, force est alors de reconnaître que la nature et le contenu des recueils évangéliques écrits, antérieurs aux évangiles achevés dont nous possédons le texte, restent mal connus. Il est raisonnable de supposer l'existence de tels recueils comme transition entre la transmission purement orale des débuts de l'Église et les évangiles rédigés dans leur état final, mais il est difficile d'être plus affirmatif.
-" Ainsi, ajouta Théophile qui avait préparé l'entretien prévu avec Candide, nous ne possédons des évangélistes aucun manuscrit autographe. Matthieu, Marc, Luc et Jean n'ont d'ailleurs peut-être jamais écrit leurs oeuvres de leur propre main car, dans l'Antiquité, on dictait souvent ses discours ou sa correspondance à un scribe professionnel.
Le fait que nous ne possédons pas les manuscrits originaux des évangiles n'a rien d'extraordinaire. Il est commun à tous les écrits de l'Antiquité rédigés sur un support fragile : papyrus ou parchemin. Les manuscrits évangéliques en notre possession sont des copies de copies. Les plus anciens sont écrits sur papyrus, moins cher que le parchemin
-" C'est exact, confirma frère François; mon ami, je pense que tu aurais intéressé Candide; souhaites-lui un rapide rétablissement, et ajoutes que je serai heureux de la revoir, car c'est une jeune femme qui manifeste beaucoup d'intérêt pour les racines de notre religion. Sur ce, je vous quitte; je retourne au monastère."
-"Au revoir, ami, dirent ensemble le Père Stanislas et Théophile."
Ils se séparèrent en se souhaitant une bonne fin de journée.

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Proposition de méditation
L'Avent
Nous venons de recommencer le cycle liturgique de trois années, qui dispense un enseignement de base pour tout chrétien qui le suit avec assiduité, et qui fortifie sa foi s’il prend le temps de la méditation et de la prière.
Chaque année liturgique débute par le temps de l’Avent. C’est un temps de conversion. Mais c’est aussi un temps de renforcement de la foi de chacun et de celle de l’Église, et un temps d’attente, comme le dit le prophète Isaïe : « Soyez forts, ne craignez pas, voici votre Dieu. »
C’est enfin un temps d’espérance : « Que soient pleins d’allégresse désert et terre aride, que la steppe fleurisse. » Laissons-nous imprégner un instant de la poésie qui naît de l’opposition de ces extrêmes.
Toute la création entre dans l’allégresse, parce que le Sauveur de notre monde vient. Nos yeux doivent s’ouvrir, nos oreilles doivent entendre, nous devons cesser de boiter. Certes cela ne se fera pas en un jour, et la courte durée du temps de l’Avent n’y suffira pas ; il faudra y mettre beaucoup de persévérance et de patience, et à cet égard méditons l’image employée par l’Apôtre Jacques : « Voyez le laboureur : il attend patiemment le précieux fruit de la terre. »
Ne rien bousculer, n’être pas comme ceux qui aujourd’hui veulent tout, tout de suite, car alors l’insatisfaction vient vite et un autre objet de convoitise vient remplacer celui qui vient d’être obtenu. Il faut être patient pour construire du solide, pour affermir ce que la prière, l’écoute et l’étude de la Parole de Dieu produiront comme fruits.
Nous croyons en un Dieu qui est vérité, qui est justice, qui est miséricorde. Le psaume de ce jour 146 (145) nous présente Dieu actif en ce monde, Dieu qui nous indique la voie dans laquelle nous engager pour le rencontrer. C’est un Dieu qui « rend justice aux opprimés, donne aux affamés du pain,  délie les enchaînés. Il rend la vue aux aveugles, il redresse les courbés, Il aime les justes, Il protège l'étranger, Il soutient l'orphelin et la veuve. »
Le temps de l’Avent n’incite donc ni à la passivité, ni à l’introspection inactive ; bien au contraire. Et l’évangile de ce troisième dimanche illustre ce que doit être notre recherche. Il attire d’abord notre attention sur les signes qui annoncent la présence du Royaume de Dieu, et sur ce qu’il convient d’appeler les pauvres en donnant à ce mot un sens qu’il ne faut pas limiter au seul aspect matériel, mais qui inclut le côté spirituel et moral de l’être humain. Enfin, le Christ nous donne Jean comme modèle.
Que nous apprend d’abord l’évangile ? Jean est en prison, alors que Jésus a commencé sa vie publique, avec quelque difficulté il est vrai ; les habitants de Nazareth, après lui avoir fait bon accueil, ont fini par se retourner contre lui avec violence (Lc 4,28). Dans sa prison, le prophète s’interroge : qui est cet homme qui accomplit des miracles ? Est-il celui dont il avait reçu mission de préparer le chemin? Jean Baptiste est-il pris d'un doute au sujet de Jésus ? On ne sait pas. À moins qu'il ne demande à Jésus, qui semble bien le comprendre ainsi, une parole qui confirme la réussite de sa mission et qui illuminera les derniers moments de sa vie.  Et Jésus lui renvoie la parole du prophète Isaïe: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
Les pauvres. Au sens des Béatitudes, ils sont nombreux aujourd’hui. Le ministère diaconal nous fait approcher des détresses provoquées par l’avenir incertain, par la solitude qui touche maintenant de plus en plus de jeunes, par le sentiment d’inutilité qui frappe certains dans notre société mondialisée où ceux qui n’ont pas assez d’efficacité ou d’intérêt commercial sont marginalisés et rejetés, je pense ainsi aux personnes âgées et aux handicapés ; il y a aussi tous ceux qu’inquiètent d'une insécurité grandissantes dans les villes et villages (agressions, violences, incivilités, arnaques, brutalités envers les faibles et les vieux, terrorisme, …) dont les médias se complaisent à nous parler. Inévitablement, l’angoisse du lendemain vient saisir tous ces pauvres; souvent, par pudeur ou par fierté, ils vont rester discrets sur leur misère. Ils se privent ainsi de la charité fraternelle de ceux qui ont à leur dire qu’ils sont importants, que Dieu suscite des bonnes volontés qui les aideront car cette charité est une pratique de justice qui plaît à Dieu (cf.Mt 6,2-4). Leurs prières montrent que ces pauvres attendent quelqu'un qui sera avec eux, qui entrera dans une relation de confiance mutuelle avec eux, qui marchera avec eux, et surtout leur révélera leur dignité et qu'ils sont les enfants précieux du Père. Ils ont besoin que quelqu’un leur redonne la force de repartir dans la vie. Mais les âmes charitables sont peu nombreuses, hélas!
C’est pourquoi le Christ désigne Jean-Baptiste à notre attention et il nous recommande de nous mettre à son école : école d'humilité, de sens de Dieu, d'abnégation et de joie (Jn 3,29). Ce ne sont pas nos mérites personnels qui comptent, mais la manière dont nous sommes disciples du Christ. Ce qui est le plus précieux en nous, c'est notre coeur ; notre tête et nos mains n'ont de valeur que dans la mesure où ils sont au service de l'amour et de la relation fondée sur une alliance, jaillissant de l'alliance avec Jésus. Par le baptême, accompli dans une vie de charité, nous sommes entrés dans le Royaume de Dieu, parce que la miséricorde de Dieu est immense, si petits soyons-nous et si faible soit notre foi.
Il est temps de conclure. Qui mieux que l’évangéliste Matthieu pourrait nous faire comprendre ce que Dieu attend de nous :
«Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement» (Mt 10,8). …
C'est à ce qu'ils auront fait pour les pauvres que Jésus Christ reconnaîtra ses élus (cf. Mt 25,31-36).                                                                                    

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Prochain texte
Un Sauveur nous est donné
le 18 décembre
si Dieu le permet.
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Illustration
Rembrandt : Paul de Tarse
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À suivre chaque dimanche … si vous le voulez bien.

Le 11 décembre 2016